Un sentier herbeux longe la rivière pour mener au village d’hiver vieux de 2000 ans, là où se trouve aujourd’hui le musée et parc patrimonial Secwepemc. En s’approchant, il est difficile d’ignorer le pensionnat autochtone de Kamloops en briques rouges qui se profile. Dans quelques mois, ce lieu fera l’objet de la première annonce bouleversante sur la découverte de sépultures non marquées et plongera tout le pays dans le deuil. Mais pour l’instant, c’est un cadre paisible où les visiteurs peuvent découvrir la riche histoire et culture du peuple secwepemc qui vit sur ces terres traditionnelles et non cédées depuis des millénaires.

Tout en nous montrant diverses plantes comestibles et médicinales que l’on retrouve dans la région aride, notre guide Greg Hopf de Moccasin Trails nous explique comment le peuple secwepemc a pu prospérer – en construisant des maisons confortables pour l’hiver et en prélevant un éventail varié de plantes et d’animaux afin de subvenir adéquatement aux besoins de la communauté. Avant, c’est à ce stade que le tourisme en lien avec les Autochtones aurait pris fin, ancré dans les temps lointains et donnant aux visiteurs l’impression que cette ère pré-contact est le moment où la culture autochtone a cessé d’évoluer. Mais notre visite s’est poursuivie et nous nous sommes retrouvés à l’intérieur du musée où nous avons découvert les horreurs endurées dans le bâtiment voisin en briques rouges.

Bien que cela puisse sembler être un thème lourd pour une expérience touristique, le tourisme autochtone d’aujourd’hui, à l’image de Wikwemikong Tourism en Ontario et Moccasin Trails et le musée et parc patrimonial Secwepemc en Colombie-Britannique, n’arrête pas superficiellement l’histoire des Autochtones au premier contact. Bien au contraire, il plonge au cœur de ce qui s’ensuit. « Les visiteurs découvrent notre territoire, nos animaux, nos chansons, nos histoires, notre nourriture et nos défis. Ce faisant, ils apprennent à se connaître », explique Greg Hopf, tout en précisant l’importance de partager toute l’histoire. « C’est ainsi que le tourisme peut devenir un réel acte de réconciliation ».

Définie comme un moyen d’établir et de maintenir des relations respectueuses entre les peuples autochtones et allochtones, la réconciliation peut s’inscrire dans  le tourisme et donner à ce dernier une plus grande portée et un plus grand sens. Bien qu’il soit déchirant de découvrir les impacts des pensionnats et des politiques racistes, réapprendre l’histoire peut ouvrir nos esprits et nos cœurs et apporter une perspective nouvelle. En cours de route, cela nous donne également la chance de forger un lien plus profond avec les terres, les traditions et les modes de vie des peuples autochtones et d’avoir une meilleure compréhension de l’histoire du Canada.

Faire un pas sur la voie vers la réconciliation :

Prendre connaissance du passé : Wikwemikong Tourism dans le parc Point Grondine offre la possibilité d’apprendre les enseignements anishnaabek et de découvrir la fierté ressentie lorsque les communautés se réapproprient et partagent leur culture et leur sagesse traditionnelles avec les visiteurs. Explorez les diverses zones humides et boisées de l’escarpement du Niagara en compagnie d’un gardien du savoir traditionnel et apprenez en plus sur la médecine à base de plantes, le système de repère et l’astronomie autochtones, l’écorchage et le tannage de peau de cerf, le piégeage, le tir à l’arc et la pêche sur le rivage.

Comprendre et ne pas oublier la souffrance : Sur les rives abondantes de la rivière South Thompson, au musée et parc patrimonial Secwepemc (près du site où 215 sépultures non marquées ont été identifiées), vous en apprendrez davantage sur les abus subis par les Autochtones dans les pensionnats et sur la mission de guérison que de nombreuses communautés se sont données. Vous prendrez également conscience de la force et de la résilience découlant des enseignements culturels et des traditions.

La voie du changement : Les gardiens du savoir de chez Moccasin Trails vous guideront à travers le passé et dans l’avenir avec des histoires et des cérémonies qui offrent un aperçu de combien nous pouvons être plus forts lorsque nous marchons ensemble. Les visiteurs apprendront comment l’ouverture au tourisme apporte aux peuples secwepemc et syilx confiance, sécurité économique et compétences commercialisables alors qu’ils développent des restaurants, des établissements vinicoles primés et des centres culturels de classe mondiale qui reflètent et ravivent leurs connaissances et leurs enseignements traditionnels.

La réconciliation n’est pas une case à cocher, mais un processus – et le tourisme mené par les Autochtones est une étape bienvenue sur cette voie.

Diane Selkirk

Diane Selkirk est une journaliste touristique de Vancouver, en Colombie-Britannique, qui désire aller au-delà de la liste des choses à faire et raconter des histoires significatives sur l'âme d'un lieu. Parmi ses reportages favoris, on retrouve des sujets où la science, l'histoire, le développement durable ou la justice sociale se mêlent au voyage. Ses écrits et ses photographies pour des publications telles que BBC Travel, National Geographic Travel, The Smithsonian et The Globe and Mail ont été couronnés de nombreux prix.